
Malheureusement, la plupart des insectes n’étaient ni faibles ni inoffensifs.
Burl connaissait des guêpes presque aussi grandes que lui, dont la piqûre provoquait une mort immédiate. Les guêpes n’étaient pas trop redoutables. Car chacune d’entre elles avait un autre insecte pour proie prédestinée. Les abeilles, elles aussi, se tenaient à distance. D’ailleurs, elles avaient une vie difficile, ces abeilles. Comme il y avait peu de fleurs, elles étaient réduites à des expédients considérés jadis parmi les membres de leur race comme des signes de dégénérescence : levures bouillonnantes et pourritures plus fétides encore, à l’occasion fleurs sans nectar des gros choux à odeur forte. Burl connaissait ces abeilles. Elles bourdonnaient au-dessus de lui, presque aussi grandes que lui, le fixant de leurs yeux protubérants comme elles fixaient toutes choses, avec une préoccupation rêveuse.
Il y avait aussi les grillons, et les hannetons, et les araignées… Burl connaissait bien les araignées. Son grand-père avait été victime d’une tarentule qui avait jailli de son terrier avec une férocité incroyable. Une fosse verticale, d’un mètre de diamètre, s’enfonçait à six mètres sous terre. Au fond de ce repaire, le monstre attendait, guettant le moindre bruit qui l’avertirait de l’approche de sa proie. Le grand-père de Burl avait été imprudent. Le jeune homme entendait encore les terribles hurlements qu’avait poussés ce malheureux lorsqu’il avait été saisi par l’araignée.
Burl savait qu’il avait à craindre aussi les toiles d’une autre espèce d’araignée. Elles étaient formées de véritables câbles de soie poussiéreuse, épais de trois centimètres. Un jour, le jeune homme avait observé à distance une de ces araignées occupée à sucer le jus d’un grillon de soixante centimètres. Il revoyait encore les bandes jaunes, noires et argent qui zébraient le ventre du monstre difforme. Il avait été fasciné et horrifié par la lutte désespérée du grillon enroulé sans aucune chance de salut dans les entrelacs de cordes gluantes.
