
Il en approchait plusieurs à ce moment même. Burl entendait les petits cliquetis de leurs mandibules. Il se dépêcha. Trop pressé, il n’eut pas le temps de choisir. Il saisit au hasard un morceau du cadavre et il s’enfuit.
Quand, plus tard, il examina sa trouvaille, il fut déçu. Ce n’était que l’antenne du lucane. Elle avait la forme d’une corne de rhinocéros. Il restait peu de viande dessus. Burl se piqua en arrachant les lambeaux laissés par le vainqueur et rejeta l’antenne avec humeur.
L’obscurité approchait. Le jeune homme rampa vers la cachette de ses compagnons pour se blottir auprès d’eux jusqu’à la venue du jour.
Dans la tribu, ils n’étaient qu’une vingtaine : quatre ou cinq hommes, six ou sept femmes, quelques jeunes filles et des enfants.
Burl s’était étonné des sensations étranges qui l’envahissaient lorsqu’il regardait Saya, l’une des jeunes filles. Elle était plus jeune que lui – elle ne devait guère avoir plus de dix-huit ans – et plus légère à la course. Parfois, ils bavardaient ensemble. Il était arrivé que Burl partage avec elle une trouvaille alimentaire particulièrement savoureuse.
Cette fois, il n’avait rien à lui offrir. Lorsqu’il rampa dans l’obscurité pour gagner le labyrinthe qui servait de cachette à la tribu, au milieu d’une forêt de champignons, Saya regarda fixement Burl. Elle semblait avoir faim. Elle devait espérer qu’il aurait quelque chose à partager avec elle. Le jeune homme éprouva un pénible sentiment de honte à l’idée de n’avoir rien à lui offrir. À cause de sa confusion, il se tint un peu à l’écart des autres. Comme il avait faim lui aussi, il mit un certain temps à s’endormir. Puis, il rêva.
