
Burl n’ignorait rien de ces dangers. Ils faisaient partie de sa vie. C’était cette connaissance qui lui permettait de survivre. S’il s’abandonnait un instant à la négligence, si sa vigilance se relâchait une seule seconde, il rejoindrait aussitôt ses ancêtres qui avaient autrefois servi de repas à des insectes géants.
Pour l’instant, Burl s’était donné une mission qu’aucun des siens n’aurait sans doute pu imaginer.
La veille, tapi derrière un monticule de végétations confuses, il avait observé un duel entre deux énormes lucanes. Leurs corps étaient extrêmement longs. Leurs carapaces arrivaient à la hauteur de la ceinture de Burl. Leurs mandibules géantes, largement entrouvertes, s’entrechoquaient sur leurs armures impénétrables. Leurs pattes faisaient un bruit de cymbales lorsqu’elles se rencontraient. Les deux coléoptères se disputaient un morceau de charogne particulièrement appétissant.
Burl les avait contemplés, les yeux écarquillés, jusqu’au moment où un trou béant était apparu dans l’armure du plus petit des deux lucanes. Le jeune homme entendit quelque chose qui ressemblait à un cri rauque et qui était en fait le craquement de la carapace entre les mandibules du vainqueur.
La bête blessée luttait de plus en plus faiblement. Lorsqu’elle cessa de se défendre, le meurtrier commença placidement son repas, avant même que sa proie n’ait cessé de vivre. C’était l’habitude des créatures de cette planète.
Burl suivait la scène non sans crainte, mais avec un certain espoir. Lorsque le repas fut terminé et dès que le dîneur se fut éloigné lourdement, Burl se précipita. Pourtant, il faillit arriver trop tard. Une fourmi, avant-coureur de toute une armée, inspectait déjà les fragments du cadavre. Ses antennes vibraient avidement.
Il fallait aller vite, et c’est ce que fit Burl. Les fourmis étaient des insectes stupides. Elles avaient la vue basse. Elles étaient de mauvais chasseurs. Mais elles se battaient rageusement si on leur disputait leur proie. Et, là où il y avait une fourmi, il en venait toujours d’autres.
