
– Mon pauvre enfant, commença-t-elle un soir, je ne sais ce que tu as l’intention de faire cet été, mais j’attendrai de connaître tes projets avant de décider de ce que je ferai moi-même; si je peux t’être utile…
– Je n’y ai pas encore beaucoup pensé, lui répondis-je. Peut-être essaierai-je de voyager.
Elle reprit:
– Tu sais que, chez moi comme à Fongueusemare, tu seras toujours le bienvenu. Tu feras plaisir à ton oncle et à Juliette en allant là-bas…
– Vous voulez dire à Alissa.
– C’est vrai! Pardon… Croirais-tu que je m’étais figuré que c’était Juliette que tu aimais! jusqu’à ce que ton oncle m’eût parlé… il n’y a pas un mois… Tu sais, moi, je vous aime bien, mais je ne vous connais pas beaucoup; j’ai si peu l’occasion de vous voir!… et puis je ne suis guère observatrice; je n’ai pas le temps de m’arrêter à regarder ce qui ne me regarde pas. C’est toujours avec Juliette que je t’avais vu jouer… j’avais pensé… elle est si jolie, si gaie.
– Oui, je joue encore volontiers avec elle; mais c’est Alissa que j’aime…
– Très bien! très bien, libre à toi… moi, tu sais, autant te dire que je ne la connais pas; elle parle moins que sa sœur; je pense que, si tu l’as choisie, tu as eu quelque bonne raison pour cela.
– Mais, ma tante, je n’ai pas choisi de l’aimer et je ne me suis jamais demandé quelles raisons j’avais de…
– Ne te fâche pas, Jérôme; moi je te parle sans malice… Tu m’as fait oublier ce que je voulais te dire… Ah! voici: Je pense, bien entendu, que tout cela finira par un mariage; mais, à cause de ton deuil, tu ne peux pas te fiancer déjà, décemment… et puis, tu es encore bien jeune… J’ai pensé que ta présence à Fongueusemare, à présent que tu y serais sans ta mère, pourrait être mal vue…
