
– Mais, ma tante, c’est précisément pour cela que je parlais de voyager.
– Oui. Eh bien! mon enfant, j’ai pensé que ma présence à moi pourrait faciliter les choses et je me suis arrangée de manière à être libre une partie de l’été.
– Pour peu que je l’en eusse priée, Miss Ashburton serait venue volontiers.
– Je sais déjà qu’elle viendra. Mais cela ne suffit pas! J’irai également… Oh! je n’ai pas la prétention de remplacer ta pauvre mère, ajouta-t-elle, en sanglotant subitement; – mais je m’occuperai du ménage… et enfin ni toi, ni ton oncle, ni Alissa n’aurez à vous sentir gênés.
Ma tante Félicie s’abusait sur l’efficacité de sa présence. À vrai dire, nous ne fûmes gênés que par elle.
Ainsi qu’elle l’avait annoncé, elle s’installa, dès juillet, à Fongueusemare, où Miss Ashburton et moi ne tardâmes pas à la rejoindre. Sous prétexte d’aider Alissa dans les soins de la maison, elle emplissait cette maison si tranquille d’une rumeur continue. L’empressement qu’elle mettait à nous être agréable et, comme elle disait, à faciliter les choses, était si épais que nous restions le plus souvent, Alissa et moi, contraints et quasi muets devant elle. Elle dut nous trouver bien froids… – Et quand nous ne nous serions pas tus, aurait-elle pu comprendre la nature de notre amour? – Le caractère de Juliette, par contre, s’accommodait assez de cette exubérance; et peut-être quelque ressentiment gênait-il mon affection pour ma tante, à la voir manifester pour la cadette de ses nièces une prédilection très marquée.
