
– Ne m’avez-vous pas dit au printemps que vous considériez des fiançailles comme prématurées?
– Oui, je sais bien; on dit cela d’abord, repartit-elle en s’emparant d’une de mes mains qu’elle pressa pathétiquement dans les siennes. Et puis, à cause de tes études, de ton service militaire, vous ne pouvez pas vous marier avant nombre d’années, je sais bien. D’ailleurs, moi, personnellement, je n’approuve pas beaucoup les longues fiançailles; cela fatigue les jeunes filles… Mais c’est quelquefois bien touchant… Au reste, il n’est pas nécessaire de rendre les fiançailles officielles… seulement cela permet de faire comprendre – oh! discrètement – qu’il n’est plus nécessaire de chercher pour elles; et puis cela autorise votre correspondance, vos rapports; et, enfin, si quelque autre parti se présentait de lui-même – et cela pourrait bien arriver, insinua-t-elle avec un sourire pertinent, – cela permet de répondre délicatement que… non; que ce n’est pas la peine. Tu sais qu’on est venu demander la main de Juliette! Elle a été très remarquée, cet hiver. Elle est encore un peu jeune; et c’est aussi ce qu’elle a répondu; mais le jeune homme propose d’attendre; – ce n’est plus précisément un jeune homme… bref, c’est un excellent parti; quelqu’un de très sûr; du reste tu le verras demain; il doit venir à mon arbre de Noël. Tu me diras ton impression.
– Je crains, ma tante, qu’il n’en soit pour ses frais et que Juliette n’ait quelqu’un d’autre en tête, dis-je en faisant un grand effort pour ne pas nommer Abel aussitôt.
– Hum? fit ma tante interrogativement, avec une moue sceptique et portant sa tête de côté. Tu m’étonnes! Pourquoi ne m’en aurait-elle rien dit?
Je me mordis les lèvres pour ne pas parler davantage.
