– Bah! nous le verrons bien… Elle est un peu souffrante, Juliette, ces derniers temps, reprit-elle… D’ailleurs, ce n’est pas d’elle qu’il s’agit à présent… Ah! Alissa est bien aimable aussi… Enfin, oui ou non, lui as-tu fait ta déclaration?


Bien que regimbant de tout mon cœur contre ce mot: déclaration, qui me semblait si improprement brutal, pris de front par la question et mal capable de mentir, je répondis confusément:


– Oui – et sentis mon visage s’embraser.


– Et qu’a-t-elle dit?


Je baissai la tête; j’aurais voulu ne pas répondre. Plus confusément encore et comme malgré moi:


– Elle a refusé de se fiancer.


– Eh bien! elle a raison, cette petite! s’écria ma tante. Vous avez tout le temps, parbleu…


– Oh! ma tante, laissons cela, dis-je en tâchant en vain de l’arrêter.


– D’ailleurs, cela ne m’étonne pas d’elle; elle m’a paru toujours plus raisonnable que toi, ta cousine…


Je ne sais ce qui me prit alors; énervé sans doute par cet interrogatoire, il me sembla soudain que mon cœur crevait; comme un enfant, je laissai rouler mon front sur les genoux de la bonne tante, et, sanglotant:


– Ma tante, non, vous ne comprenez pas, m’écriai-je. Elle ne m’a pas demandé d’attendre…


– Quoi donc! Elle t’aurait repoussé? dit-elle avec un ton de commisération très doux en me relevant le front de la main.


– Non plus… non, pas précisément.


Je secouai la tête tristement.


– As-tu peur qu’elle ne t’aime plus?


– Oh! non; ce n’est pas cela que je crains.


– Mon pauvre enfant, si tu veux que je te comprenne, il faut t’expliquer un peu plus clairement.


J’étais honteux et désolé de m’être laissé aller à ma faiblesse; ma tante restait sans doute incapable d’apprécier les raisons de mon incertitude; mais, si quelque motif précis se cachait derrière le refus d’Alissa, ma tante, en l’interrogeant doucement, m’aiderait peut-être à le découvrir. Elle y vint d’elle-même bientôt:



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