Tu crois peut-être qu’elle a été embarrassée? – Elle ne s’est pas troublée un instant, et, tout tranquillement, m’a répondu qu’elle ne voulait pas se marier avant sa sœur. Si tu le lui avais demandé franchement, elle t’aurait répondu comme à moi. Il y a bien là de quoi se tourmenter, n’est-ce pas? Vois-tu, mon enfant, il n’y a rien de tel que la franchise… Pauvre Alissa, elle m’a parlé aussi de son père qu’elle ne pouvait quitter… Oh! nous avons beaucoup causé. Elle est très raisonnable, cette petite; elle m’a dit aussi qu’elle n’était pas encore bien convaincue d’être celle qui te convenait; qu’elle craignait d’être trop âgée pour toi et souhaiterait plutôt quelqu’un de l’âge de Juliette…


Ma tante continuait; mais je n’écoutais plus; une seule chose m’importait: Alissa refusait de se marier avant sa sœur. – Mais Abel n’était-il pas là! il avait donc raison, ce grand fat: du même coup, comme il disait, il allait décrocher nos deux mariages…


Je cachai de mon mieux à ma tante l’agitation dans laquelle cette révélation pourtant si simple me plongeait, ne laissant paraître qu’une joie qui lui parut très naturelle et qui lui plaisait d’autant plus qu’il semblait qu’elle me l’eût donnée; mais sitôt après déjeuner je la quittai sous je ne sais quel prétexte et courus retrouver Abel.


– Hein! qu’est-ce que je te disais! s’écria-t-il en m’embrassant, dès que je lui eus fait part de ma joie. – Mon cher, je peux déjà t’annoncer que la conversation que j’ai eue ce matin avec Juliette a été presque décisive, bien que nous n’ayons presque parlé que de toi. Mais elle paraissait fatiguée, nerveuse… j’ai craint de l’agiter en allant trop loin et de l’exalter en demeurant trop longtemps.



44 из 116