
Ma tante continuait; mais je n’écoutais plus; une seule chose m’importait: Alissa refusait de se marier avant sa sœur. – Mais Abel n’était-il pas là! il avait donc raison, ce grand fat: du même coup, comme il disait, il allait décrocher nos deux mariages…
Je cachai de mon mieux à ma tante l’agitation dans laquelle cette révélation pourtant si simple me plongeait, ne laissant paraître qu’une joie qui lui parut très naturelle et qui lui plaisait d’autant plus qu’il semblait qu’elle me l’eût donnée; mais sitôt après déjeuner je la quittai sous je ne sais quel prétexte et courus retrouver Abel.
– Hein! qu’est-ce que je te disais! s’écria-t-il en m’embrassant, dès que je lui eus fait part de ma joie. – Mon cher, je peux déjà t’annoncer que la conversation que j’ai eue ce matin avec Juliette a été presque décisive, bien que nous n’ayons presque parlé que de toi. Mais elle paraissait fatiguée, nerveuse… j’ai craint de l’agiter en allant trop loin et de l’exalter en demeurant trop longtemps.
