
Ce n’était que vers la fin du jour qu’on devait illuminer l’arbre de Noël et qu’enfants, parents et amis allaient se réunir autour. Désœuvré, plein d’angoisse et d’impatience, après avoir laissé Abel, pour tromper mon attente je me lançai dans une longue course sur la falaise de Sainte-Adresse, m’égarai, fis si bien que, lorsque je rentrai chez ma tante Plantier, la fête était depuis quelque temps commencée.
Dès le vestibule, j’aperçus Alissa; elle semblait m’attendre et vint aussitôt vers moi. Elle portait au cou, dans l’échancrure de son corsage clair, une ancienne petite croix d’améthyste que je lui avais donnée en souvenir de ma mère, mais que je ne lui avais pas encore vu mettre. Ses traits étaient tirés et l’expression douloureuse de son visage me fit mal.
– Pourquoi viens-tu si tard? me dit-elle d’une voix oppressée et rapide. J’aurais voulu te parler.
– Je me suis perdu sur la falaise… Mais tu es souffrante… Oh! Alissa, qu’est-ce qu’il y a?
Elle resta un instant devant moi comme interdite et les lèvres tremblantes; une telle angoisse m’étreignait que je n’osais l’interroger; elle posa sa main sur mon cou comme pour attirer mon visage. Je croyais qu’elle voulait parler; mais à ce moment des invités entrèrent; sa main découragée retomba…
