
– Halte! fit Abel en me saisissant par le bras.
Nous vîmes alors l’inconnu s’approcher de Juliette, et prendre la main que celle-ci lui abandonna sans résistance, sans tourner vers lui son regard. La nuit se fermait dans mon cœur.
– Mais, Abel, que se passe-t-il? murmurai-je, comme si je ne comprenais pas encore ou espérais que je comprenais mal.
– Parbleu! La petite fait de la surenchère, dit-il d’une voix sifflante. – Elle ne veut pas rester au-dessous de sa sœur. Pour sûr que les anges applaudissent là-haut!
Mon oncle vint embrasser Juliette, que Miss Ashburton et ma tante entouraient. Le pasteur Vautier s’approcha… Je fis un mouvement en avant. Alissa m’aperçut, courut à moi, frémissante:
– Mais, Jérôme, cela ne se peut pas. Mais elle ne l’aime pas! Mais elle me l’a dit ce matin même. Tâche de l’empêcher, Jérôme! Oh! qu’est-ce qu’elle va devenir?…
Elle se pendait à mon épaule dans une supplication désespérée; j’aurais donné ma vie pour diminuer son angoisse.
Un cri soudain près de l’arbre; un mouvement confus… Nous accourons, Juliette est tombée sans connaissance dans les bras de ma tante. Chacun s’empresse, se penche vers elle, et je peux à peine la voir; ses cheveux défaits semblent tirer en arrière sa face affreusement pâlie. Il paraissait, aux sursauts de son corps, que ce n’était point là un évanouissement ordinaire.
– Mais non! mais non! dit à haute voix ma tante, pour rassurer mon oncle Bucolin qui s’effare et que déjà le pasteur Vautier console, l’index dirigé vers le ciel, – mais non! ce ne sera rien.
