– Ah! ne plaisante donc pas!


– Pourquoi? Je trouve ça bouffon, cette histoire… Elle s’est élancée dans la chambre de sa sœur. J’ai surpris des éclats de voix impétueux qui m’alarmaient. J’espérais revoir Juliette, mais au bout d’un instant c’est Alissa qui est sortie. Elle avait son chapeau sur la tête, a paru gênée de me voir, m’a dit rapidement bonjour en passant… C’est tout.


– Tu n’as pas revu Juliette?


Abel hésita quelque peu:


– Si. Après qu’Alissa fut partie, j’ai poussé la porte de la chambre. Juliette était là, immobile, devant la cheminée, les coudes sur le marbre, le menton dans les mains; elle se regardait fixement dans la glace. Quand elle m’a entendu, elle ne s’est pas retournée, mais a frappé du pied en criant: «Ah! laissez-moi!» d’un ton si dur que je suis reparti sans demander mon reste. Voilà tout.


– Et maintenant?


– Ah! de t’avoir parlé m’a fait du bien… Et maintenant? Eh bien, tu vas tâcher de guérir Juliette de son amour, car, ou je connais bien mal Alissa, ou elle ne te reviendra pas auparavant.


Nous marchâmes assez longtemps, silencieux.


– Rentrons! dit-il enfin. Les invités sont partis à présent. J’ai peur que mon père ne m’attende.


Nous rentrâmes. Le salon en effet était vide; il ne restait dans l’antichambre, auprès de l’arbre dépouillé, presque éteint, que ma tante et deux de ses enfants, mon oncle Bucolin, Miss Ashburton, le pasteur, mes cousines et un assez ridicule personnage que j’avais vu causer longuement avec ma tante, mais que je ne reconnus qu’à ce moment pour le prétendant dont m’avait parlé Juliette.



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