
Que sera-ce donc lorsqu’on jouera leNouvel Abailard, que j’apprends qu’il prépare pour je ne sais quel théâtre des Boulevards et dont il paraît que les journaux parlent déjà!… Pauvre Abel! Est-ce vraiment là le succès qu’il désire et dont il se contentera!
Je lisais hier ces paroles de l’Internelle Consolacion: «Qui vrayement désire la gloire vraye et pardurable ne tient compte de la temporelle; qui ne la mesprise en son cueur, il se monstre vrayement qu’il n’ayme pas la célestielle», et j’ai pensé: Merci, mon Dieu, d’avoir élu Jérôme pour cette gloire célestielle auprès de laquelle l’autre n’est rien.
Les semaines, les mois s’écoulaient dans des occupations monotones; mais, ne pouvant raccrocher ma pensée qu’à des souvenirs ou à des espoirs, à peine m’apercevais-je de la lenteur du temps, de la longueur des heures.
Mon oncle et Alissa devaient aller, en juin, rejoindre, aux environs de Nîmes, Juliette, qui attendait un enfant vers cette époque. Des nouvelles un peu moins bonnes les firent précipiter leur départ.
Ta dernière lettre, adressée au Havre, m’écrivit Alissa, est arrivée lorsque nous venions d’en partir. Comment expliquer qu’elle ne m’ait rejointe ici que huit jours après? Toute la semaine j’ai eu une âme incomplète, transie, douteuse, diminuée. Ô mon frère! je ne suis vraiment moi, plus que moi, qu’avec toi…
Juliette va de nouveau bien; nous attendons sa délivrance d’un jour à l’autre, et sans trop d’inquiétude. Elle sait que je t’écris ce matin; le lendemain de notre arrivée à Aigues-Vives elle m’a demandé: – Et Jérôme, que devient-il… Il t’écrit toujours?… et comme je n’ai pu lui mentir: Quand tu lui écriras, dis-lui que… elle a hésité un instant, puis, en souriant très doucement:… je suis guérie.
