À mesure que le jour de notre revoir se rapproche, mon attente devient plus anxieuse; c’est presque de l’appréhension; ta venue tant souhaitée, il me semble, à présent, que je la redoute; je m’efforce de n’y plus penser; j’imagine ton coup de sonnette, ton pas dans l’escalier, et mon cœur cesse de battre ou me fait mal… Surtout ne t’attends pas à ce que je puisse te parler… Je sens s’achever là mon passé; au-delà je ne vois rien; ma vie s’arrête…


Quatre jours après, c’est-à-dire une semaine avant ma libération, je reçus pourtant encore une lettre très brève:


Mon ami, je t’approuve entièrement de ne pas chercher à prolonger outre mesure ton séjour au Havre et le temps de notre premier revoir. Qu’aurions-nous à nous dire que nous ne nous soyons déjà écrit? Si donc des inscriptions à prendre te rappellent à Paris dès le 28, n’hésite pas, ne regrette même pas de ne pouvoir nous donner plus de deux jours. N’aurons-nous pas toute la vie?

VI

C’est chez tante Plantier qu’eut lieu notre première rencontre. Je me sentais soudain alourdi, épaissi par mon service… J’ai pu penser ensuite qu’elle m’avait trouvé changé. Mais que devait importer entre nous cette première impression mensongère? – Pour moi, craignant de ne plus parfaitement la reconnaître, j’osais d’abord à peine la regarder… Non; ce qui nous décontenança plutôt, c’était ce rôle absurde de fiancés qu’on nous contraignait d’assumer, cet empressement de chacun à nous laisser seuls, à se retirer devant nous:



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