
– Mais, tante, tu ne nous gênes nullement: nous n’avons rien de secret à nous dire, s’écriait enfin Alissa devant les indiscrets efforts de cette femme pour s’effacer.
– Mais si! mais si, mes enfants! je vous comprends très bien; quand on est resté longtemps sans se revoir, on a des tas de petites choses à se raconter…
– Je t’en prie, tante; tu nous désobligerais beaucoup en partant; – et cela était dit d’un ton presque irrité où je reconnaissais à peine la voix d’Alissa.
– Tante, je vous assure que nous ne nous dirons plus un seul mot si vous partez! ajoutai-je en riant, mais envahi moi-même d’une certaine appréhension à l’idée de nous trouver seuls. Et la conversation reprenait entre nous trois, faussement enjouée, banale, fouettée par cette animation de commande derrière laquelle chacun de nous cachait son trouble. Nous devions nous retrouver le lendemain, mon oncle m’ayant invité à déjeuner, de sorte que nous nous quittâmes sans peine ce premier soir, heureux de mettre fin à cette comédie.
J’arrivai bien avant l’heure du repas, mais trouvai Alissa causant avec une amie qu’elle n’eut pas la force de congédier et qui n’eut pas la discrétion de partir. Quand enfin elle nous eut laissés seuls, je feignis de m’étonner qu’Alissa ne l’eût pas retenue à déjeuner. Nous étions énervés tous deux, fatigués par une nuit sans sommeil. Mon oncle vint. Alissa sentit que je le trouvais vieilli. Il était devenu dur d’oreille, entendait mal ma voix; l’obligation de crier pour me faire comprendre abrutissait mes propos.
Après le déjeuner, la tante Plantier, ainsi qu’il avait été convenu, vint nous prendre dans sa voiture; elle nous emmenait à Orcher, avec l’intention de nous laisser, Alissa et moi, faire à pied, au retour, la plus agréable partie de la route.
Il faisait chaud pour la saison. La partie de la côte où nous marchions était exposée au soleil et sans charme; les arbres dépouillés ne nous étaient d’aucun abri.
