Le lendemain – c’était hier – je t’ai follement attendu toute la matinée. Trop inquiète pour demeurer à la maison, j’avais laissé un mot qui t’indiquât où me rejoindre, sur la jetée. Longtemps j’étais restée à regarder la mer houleuse, mais je souffrais trop de regarder sans toi; je suis rentrée, m’imaginant soudain que tu m’attendais dans ma chambre. Je savais que l’après-midi je ne serais pas libre; Madeleine, la veille, m’avait annoncé sa visite et comme je comptais te voir le matin, je l’avais laissée venir. Mais peut-être n’est-ce qu’à sa présence que nous devons les seuls bons moments de ce revoir. J’eus l’étrange illusion, quelques instants, que cette conversation aisée allait durer longtemps, longtemps… Et quand tu t’es approché du canapé où j’étais assise avec elle et que, te penchant vers moi, tu m’as dit adieu, je n’ai pu te répondre; il m’a semblé que tout finissait: brusquement, je venais de comprendre que tu partais.


Tu n’étais pas plus tôt sorti avec Madeleine que cela m’a paru impossible, intolérable. Sais-tu que je suis ressortie! je voulais te parler encore, te dire enfin tout ce que je ne t’avais point dit; déjà je courais chez les Plantier… il était tard; je n’ai pas eu le temps, pas osé… Je suis rentrée, désespérée, t’écrire… que je ne voulais plus t’écrire… une lettre d’adieu… parce qu’enfin je sentais trop que notre correspondance tout entière n’était qu’un grand mirage, que chacun de nous n’écrivait hélas! qu’à soi-même et que… Jérôme! Jérôme! ah! que nous restions toujours éloignés!


J’ai déchiré cette lettre, il est vrai; mais je le la récris à présent, presque la même. Oh! je ne t’aime pas moins, mon ami! au contraire je n’ai jamais si bien senti, à mon trouble même, à ma gêne dès que tu t’approchais de moi, combien profondément je t’aimais; mais désespérément, vois-tu, car, il faut bien me l’avouer: de loin je t’aimais davantage. Déjà je m’en doutais, hélas! Cette rencontre tant souhaitée achève de m’en instruire, et c’est de quoi, toi aussi, mon ami, il importe de te convaincre. Adieu, mon frère tant aimé; que Dieu te garde et te dirige: de Lui seul on peut impunément se rapprocher.



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