
«Voici donc, dit Pierre Garin. Notre client, appelons-le X, devrait venir là, devant nous, à minuit juste. Il aurait rendez-vous au pied de la statue manquante, qui célébrait la victoire du roi de Prusse sur les Saxons, avec celui que nous croyons être son assassin. Ton rôle se bornera, pour le moment, à tout observer et noter avec ta précision coutumière. Il y a une paire de jumelles nocturnes dans le tiroir de la table, celle de l'autre pièce. Mais son système n'est pas très au point. Et avec ce clair de lune inespéré, on voit presque comme en plein jour.
– Cette victime éventuelle, que tu nommes X, on connaît évidemment son identité?
– Non. A peine quelques suppositions, d'ailleurs contradictoires.
– Que suppose-t-on?
– Ça serait trop long à expliquer et ne te servirait à rien. En un sens, cela pourrait même déformer ton examen objectif des personnages et des faits, qui doit demeurer le plus impartial possible. A présent, je me sauve. Je suis déjà en retard, à cause de ton train pourri. Je te laisse la clef de la petite porte «J.K.», la seule qui permette d'entrer dans l'appartement.
– Qui est cette, ou ce J.K.?
– Je n'en sais rien. Sans doute l'ancien propriétaire, ou locataire, anéanti d'une façon ou d'une autre dans le cataclysme final. Tu peux imaginer ce que tu voudras: Johann Kepler, Joseph Kessel, John Keats, Joris Karl, Jacob Kaplan… La maison est abandonnée, il n'y reste que des squatters et des fantômes.»
Je n'ai pas insisté. Pierre Garin avait l'air pressé de partir, tout à coup. Je l'ai accompagné jusqu'à la porte, que j'ai refermée à clef derrière lui. Je suis revenu dans la chambre du fond et je me suis assis sur le fauteuil. Dans le tiroir de la table, il y avait en effet des jumelles soviétiques pour vision de nuit, mais aussi un pistolet automatique 7.65
