
Dehors, en revanche, il fait de plus en plus clair. Je m'approche avec circonspection du corps, qui ne donne aucun signe de vie, et je me penche sur lui. Nulle trace de respiration n'est perceptible. Le visage ressemble à celui du vieillard de bronze, ce qui ne veut rien dire, puisque je l'avais moi-même inventé. Je me penche davantage, déboutonne le haut du pardessus à col de loutre (détail qui, de loin, m'avait échappé) et veux déterminer l'emplacement du cœur. Je sens quelque chose de rigide dans une poche intérieure de la veste, d'où je retire en effet un mince portefeuille en cuir dur, curieusement perforé dans l'un des angles. En tâtant par dessous le pull de cachemire, je ne détecte pas le moindre signal des pulsations cardiaques, non plus qu'aux vaisseaux sanguins du cou, sous le maxillaire. Je me redresse pour rejoindre sans tarder le numéro 57 de la rue du Chasseur, puisque telle est la signification de Jägerstrasse.
Ayant atteint sans trop de peine, dans le noir, la petite porte du premier étage, je m'aperçois, en prenant la clef dans ma poche, que j'ai gardé à la main sans y prêter attention le porte-cartes en cuir. Tandis que je cherche à tâtons le trou de la serrure, un crissement suspect derrière moi attire mon attention; et d'ailleurs, tournant la tête de ce côté, je vois une ligne verticale de lumière qui s'élargit peu à peu: le battant de la porte opposée, celle d'un autre appartement, est en train de s'ouvrir avec une évidente méfiance. Dans l'entrebâillement apparaît bientôt, éclairée de bas en haut par une chandelle qu'elle tient devant soi, une vieille femme dont les yeux me fixent avec ce qui semble être une crainte démesurée, sinon de l'horreur.
