
Elle attrapa deux aiguilles en fer qu’elle posa dans lecreux de sa paume. Les deux extrémités pointèrent vers Elinborg, immobile à laporte, avant de s’élever lentement vers le mur.
— C’est à cause des circuits électriques, observaPetrina.
— Ah bon ? répondit Elinborg.
— Vous voyez que ce papier alu a son utilité.Suivez-moi !
Petrina se faufila entre son hôte et le cadre de la porte,les cheveux dressés en l’air avec ses aiguilles à la main, comme une caricaturede savant fou. Elle entra dans le salon pour y allumer la télé. La mire de laRadio Télévision Islandaise apparut à l’écran.
— Remontez votre manche, commanda-t-elle. Elinborgs’exécuta.
— Maintenant, approchez votre bras jusqu’ici, sanstoucher le poste.
Elinborg approcha son avant-bras de l’écran, sentit le duvetse hérisser sur sa peau et perçut le puissant champ électromagnétique générépar l’appareil. Elle était familière du phénomène pour en avoir déjà faitl’expérience chez elle quand la télé était allumée et qu’elle se tenait juste àcôté.
— Les murs de ma chambre me faisaient exactement lemême effet, reprit Petrina. Ils me tiraient littéralement par les cheveux.J’avais l’impression de dormir à côté d’une télé allumée toutes les nuits. Ilsont refait cet appartement, voyez-vous. Ils ont mis des cloisons en bois, posédu contreplaqué et entre les deux, il y a tout un tas de circuits électriques.
— Dites-moi, qui croyez-vous que je sois ?interrogea précautionneusement Elinborg en abaissant sa manche.
— Vous ? Eh bien, vous êtes une employée de laCompagnie de distribution d’énergie, n’est-ce pas ? Ils m’ont dit qu’ils m’enverraientquelqu’un. C’est bien vous, non ?
— Désolée, mais ce n’est pas là-bas que je travaille.
— Vous étiez censés effectuer des mesures dansl’appartement, s’entêta Petrina. Vous étiez censés passer aujourd’hui. Je nepeux plus supporter de vivre comme ça !
— Je travaille pour la police, annonça Elinborg. Uncrime a été commis dans la rue juste en dessous de la vôtre et on m’a dit quevous aviez vu quelqu’un en bas, devant votre maison.
