
Petrina, c’était son prénom, approchait les soixante-dixans. Elle vint ouvrit à Elinborg en robe de chambre, les pieds chaussés deCrocs éculés. Elle avait les cheveux hirsutes, un visage hâve et ridé, des yeuxinjectés de sang et tenait une cigarette à la main. Son accueil était des pluschaleureux, elle précisa qu’elle était soulagée de voir quelqu’un lui témoignerenfin un peu d’intérêt.
— Ce n’est pas trop tôt ! s’exclama-t-elle. Jevais vous montrer ça. Je peux vous dire que ce sont des ondes comme qui diraitmassives !
Petrina disparut à l’intérieur de son appartement, suivied’Elinborg qui fut immédiatement incommodée par la forte odeur de cigarette. Àl’intérieur régnait la pénombre, tous les rideaux étaient tirés. Elle supposaqu’on pouvait apercevoir la rue depuis la fenêtre du salon. La femme allajusqu’à sa chambre à coucher et lui demanda de venir. Elinborg traversa lesalon, passa devant la cuisine et la rejoignit. Petrina se tenait sous unemalheureuse ampoule nue qui pendait au plafond. Le lit et la table de chevetétaient installés au centre de la pièce.
— Si cela ne tenait qu’à moi, j’abattrais toutes cescloisons, observa-t-elle. Je n’ai pas les moyens de faire isoler ces circuits électriques.Je suppose que j’y suis rudement sensible. Tenez, regardez-moi ça.
Interloquée, Elinborg regardait les murs de la chambreentièrement recouverts de papier en aluminium culinaire du sol au plafond.
— Cela me donne d’affreux maux de tête.
— Vous avez installé tout ça vous-même ? s’enquitElinborg.
— Moi-même ? Évidemment. Ce papier alu limite lesdégâts, mais il ne suffit pas. Il faut que vous y regardiez de plus près.
