Vladimir Mikhanovski

La soif

L’appareil vira et amorça la dernière ligne droite. La coupole du Grand Den apparut enfin au loin, comme toujours éclairée de l’intérieur. Sa masse de plastique, souveraine, dominait les maisons de plain-pied noyées dans la verdure du faubourg de la grande cité.

Den appréciait énormément la tranquillité. D’une nature capricieuse, il avait une vive aversion pour le va-et-vient urbain. Même le sifflement mélodieux des scooters sur coussin magnétique, qui pour un motif inconnu traversait l’épaisse enveloppe de la coupole, mettait Den hors de lui. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un jour on l’avait affecté ici, dans ce royaume quadrillé de larges rues envahies pas les fougères argentées et quasiment désertées par les piétons.

Le Grand Den était efficacement isolé des visiteurs importuns par une muraille magnétique invisible qui ceignait sa résidence. Seuls les initiés pouvaient y pénétrer. Elvan était de ceux-là. Avant même la fin du mois de septembre le Coordinateur était parti pour Vénus, et le Conseil avait chargé Elvan d’assumer ses fonctions pendant son absence.

La nuit il avait plu et les platanes vus d’en haut semblaient avoir été lavés.

L’ornithoptère perdit graduellement de l’altitude et le brouillard stratifié enveloppa brusquement le hublot. «  L’automne est précoce cette année », songea Elvan en branchant l’infraseur. Ensuite il se courba sur le pupitre. En six années de relations avec Den, il connaissait suffisamment bien la carte tridimentionnelle des lieux qui défilaient sous lui. La concentration de pics effilés, là-bas au loin, à gauche, c’est le lac du Repos. Son miroir est masqué par le brouillard. Des souvenirs estivaux firent sourire Elvan. Légèrement à droite, l’aire ovale du polygone sur lequel avaient été testés et étudiés les systèmes insolites cultivés au Centre biologique. Elvan salua comme une vieille connaissance la tour ajourée du Silence, impondérable dans la brume.



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