
La coupole de Den grossissait à vue d’œil, écartant de sa stature athlétique les constructions voisines.
Des milliers de nerfs invisibles reliaient Den à la ville, à la zone, à la Terre entière…
A peine l’oiseau sensible eut-il touché la coupole qu’Elvan ouvrit la trappe de la cabine et sauta à l’extérieur. Sans mettre en route l’escalier mécanique, il le descendit quatre à quatre. Ensuite il franchit la muraille magnétique et entra.
Rien n’avait changé depuis la veille : les cloisons de plastique immaculé, les bandes perforées se déroulant silencieusement dans diverses directions, l’immense espace envahi par une véritable dentelle de structures vibrantes…
Maintenant Elvan marchait précautionneusement, ses mouvements étaient précis et mesurés : ces courants multicolores filant le long des veines élastiques déplaçaient une masse colossale d’informations en provenance de tous les coins du Système solaire…
Alors qu’il traversait encore la Petite salle, Elvan fut envahi par un sentiment étrange, comme s’il avait oublié ou négligé quelque chose d’important. Il ralentit son allure. C’est ça ! Den ne l’avait pas salué. Pour la première fois depuis six ans qu’ils se connaissaient. « Probablement une défaillance de l’œil électrique dont j’ai coupé le faisceau en entrant dans la coupole », songea-t-il pour se tranquilliser.
La veille au soir Den s’était comporté comme à l’accoutumée. Il avait élaboré un schéma stratégique complexe et, quand Elvan s’était apprêté à rentrer chez lui, il lui avait comme toujours laconiquement souhaité bonne route.
Quelque peu rassuré, Elvan poussa une porte convexe… et se figea, un bras légèrement tendu.
Le sol allant de la porte jusqu’aux fenêtres était jonché d’éléments. Den qui occupait trois parois jusqu’au plafond et la quatrième à moitié, avait été martyrisé. Ses yeux et ses oreilles avaient été impitoyablement arrachées et gisaient sur le sol, méconnaissables.
