
— Non, El, cela a été écrit par un être humain. Et il y a longtemps, quand les gens n’avaient pas encore vaincu la gravitation et l’Espace.
— Des propos aussi catégoriques venant d’une fille qui n’a pas été à même de faire la différence entre un homme et un robot, voilà qui est cocasse ! dit Elvan.
— Tu ferais mieux d’écouter, dit Marie à voix basse. Et, ayant rapidement trouvé la page recherchée, elle lut…
— Il a peut-être écrit ces vers ici, dit Elvan après avoir observé une pause…
— El, et si c’étaient des étrangers venus de l’Espace ?…
— D’où ? demanda Elvan qui n’avait pas compris.
— Eh bien, si la mort de Den est l’œuvre d’un étranger venu de l’Espace, expliqua Marie.
— Des étrangers cosmiques ? répéta Elvan sur un ton goguenard. Tu sais, de pareilles choses ne peuvent avoir été inventées qu’à l’époque de ce poète. Il tapa de la main la poche qui renfermait le vieux livre sans couverture.
Il commençait à faire nuit. Les ombres diffuses s’amalgamèrent pour ne plus former qu un grand voile qui recouvrit la clairière. Le soleil qui se noyait là-bas au bout de la mer lançait ses derniers rayons. Le vent soufflait par rafales, avec une constance perverse.
Marie se leva. La brise plaqua la tunique contre son corps, sculptant l’espace d’un instant sa fine silhouette à la chevelure ébouriffée.
— Partons, la nuit tombe plus vite maintenant, dit-elle. Et puis tu dois arriver à l’heure à la coupole.
Le chemin du retour parut plus facile à Elvan, bien que les alpinistes affirment le contraire. Il se sentait comme un homme qui, après avoir longtemps cheminé dans le désert de Kalahari, aurait asséché une source pour étancher sa soif.
Une rafale contraignit Marie à s’agripper à une liane rugueuse.
— La bourrasque ne risque pas d’emporter ton ornithoptère ? demanda-t-elle en essayant de couvrir le bruit du vent.
— Ne crains rien, je l’ai attaché à notre chêne.
