
— Je vais tenter de le prouver, président, dit Elvan en se retournant dans l’encadrement de la porte.
— Bonne chance, professeur, répondit à voix basse l’homme aux chevaux blancs et aux traits fatigués.
La porte de l’ascenseur se ferma sans bruit et la cabine déchut rapidement. Elvan colla une joue contre la paroi fraîche. Il revivait sans cesse toutes les péripéties de son entretien avec le président. Un entretien qui n’avait pas servi à régler ces maudites questions qui la tourmenatient depuis trois jours, mais par contre… Elvan sentait que depuis l’entrevue avec le président il avait recouvré la confiance en soi.
La cabine descendait à vitesse maximum. Les étages du Conseil — la plus grandiose construction de la Terre — défilaient devant les yeux d’Elvan.
« Et comment il avait lu ce ruban mystérieux ! Lentement, littéralement en réfléchissant sur chaque mot. Qui avait écrit ces vers ? Den ? Ou bien celui qui l’avait tué ? Peut-être que ces mots avaient été suggérés à Den pour brouiller la piste ? »
Elvan revit le matin fatal, le moment où, entrant dans la salle, il avait vu ce qui avait été jadis le Grand Den. Le terrifiant tableau du saccage… Les débris de nerfs… L’hexagone argenté écrasé de ce qui avait été le cœur… Et baignant tout cela, les rayons étincelants du soleil ayant percé le brouillard matinal. La haute coupole s’illuminant comme si elle avait été faite de cristal…
« Den aimait l’aube plus que tout », songea Elvan en sortant de l’édifice abritant le Conseil.
* * *
Le sentier grimpait en serpentant dans l’entassement confus de rochers. Au fond, pouvait-on appeler sentier ces traces à peine visibles et qu’un étranger n’aurait pas remarquées ? Un rameau de buis brisé, une branche de fougère légèrement foulée, une grappe de raisin sauvage déjà rabougri semblaient avoir été disposés là pour jalonner le chemin. Mais était-il si bizarre que le sentier soit à peine visible s’ils n’étaient que deux à l’emprunter ?…
