
C’est alors que l’un des nombreuxamis qui connaissaient notre situation a suggéré la seule issue possible :adopter un enfant. Il nous a dit qu’il avait des contacts en Roumanie, et quela procédure ne durerait pas longtemps.
Nous avons pris un avion un moisplus tard. Notre ami faisait des affaires importantes avec le fameux dictateurqui gouvernait le pays à l’époque et dont j’ai oublié le nom (N.d.R. : NicolaeCeausescu), de sorte que nous avons pu éviter toutes les démarchesbureaucratiques et nous avons échoué dans un centre d’adoption à Sibiu, enTransylvanie. On nous y attendait déjà avec café, cigarettes, eau minérale, ettous les papiers prêts, il ne restait qu’à choisir l’enfant.
On nous a conduits dans unepouponnière, où il faisait très froid, et je me suis demandé comment on pouvaitlaisser ces pauvres créatures dans une telle situation. Ma première réaction aété de les adopter toutes, de les emmener dans notre pays où il y avait dusoleil et la liberté, mais évidemment c’était une idée folle. Nous nous sommespromenés entre les berceaux, entendant des pleurs, terrorisés par l’importancede la décision à prendre.
Pendant plus d’une heure, monmari et moi n’avons pas échangé un mot. Nous sommes sortis, nous avons pris uncafé, fumé des cigarettes, et nous y sommes retournés – et ainsi plusieurs fois.J’ai remarqué que la femme chargée de l’adoption s’impatientait, il nousfallait décider rapidement ; à ce moment, suivant un instinct que j’oseraisappeler maternel, comme si j’avais trouvé un enfant qui devait être le miendans cette incarnation mais qui était venu au monde porté par une autre femme, j’aiindiqué une petite fille.
