Et puis elle a réussi à se fairebrutalement assassiner. Mais, en fin de compte, combien d’entre nous échappentau risque de voir ce qui compte dans leur vie disparaître d’une heure à l’autre ?Je ne parle pas seulement ici des personnes, mais aussi de nos idéaux et de nosrêves : nous pouvons résister un jour, une semaine, quelques années, maisnous sommes toujours condamnés à perdre. Notre corps demeure vivant, mais l’âmefinit tôt ou tard par recevoir un coup mortel. Un crime parfait, sans que noussachions qui a assassiné notre joie, pour quels motifs, et où sont lescoupables.

Et ces coupables, qui ne disentpas leur nom, ont-ils conscience de leurs gestes ? Je ne le pense pas, parcequ’ils sont eux aussi victimes de la réalité qu’ils ont créée – fussent-ilsdépressifs, arrogants, sans pouvoir ou puissants.

Ils ne comprennent pas et ils nepourront jamais comprendre le monde d’Athéna. Heureusement, je le dis de cettemanière : le monde d’Athéna. J’admets enfin qu’elle était ici de passage, commeune faveur ; je suis comme quelqu’un qui se trouve dans un beau palais, mangeantce qu’il y a de meilleur, conscient que ce n’est qu’une fête ; le palaisne lui appartient pas, la nourriture n’a pas été achetée avec son argent, et à un moment donné les lumières s’éteignent, lespropriétaires vont se coucher, les domestiques regagnent leurs chambres, laporte se ferme, et il se retrouve dans la rue, attendant un taxi ou un autobus,de retour dans la médiocrité de son quotidien.

Je suis de retour. Ou plutôt :une partie de moi revient vers ce monde dans lequel seul ce que nous voyons, touchons



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