douté de tout ; le doute, loin de me paralyser, m’a poussé vers des océansdont je ne pouvais admettre l’existence. C’est cette force qui, dans lesmoments les plus difficiles, m’a permis d’affronter le cynisme de mes amisjournalistes et d’écrire sur Athéna et son travail. Et comme mon amour demeurevivant bien qu’Athéna soit morte, la force reste présente, mais je ne désirerien d’autre qu’oublier ce que j’ai vu et appris. Je ne pouvais naviguer dansce monde-là qu’en tenant les mains d’Athéna.

C’étaient ses jardins, sesfleuves, ses montagnes. À : présent qu’elle est partie, j’aibesoin que tout redevienne vite comme avant ; je vais me concentrer surles problèmes de circulation, la politique étrangère de » laGrande-Bretagne, la façon dont on administre nos impôts. Je veux me remettre àpenser que le monde de la magie n’est qu’un trucage bien élaboré. Que les genssont superstitieux. Que ce que la science ne peut expliquer n’a pas le droit d’exister.

Quand les réunions à Portobellosont devenues incontrôlables, son comportement a fait l’objet d’innombrablesdiscussions, même si aujourd’hui je me réjouis qu’elle ne m’ait jamais écouté. S’ilexiste une consolation dans la tragédie qu’est la perte d’un être que l’on abeaucoup aimé, elle est dans l’espoir, toujours nécessaire, que c’étaitpeut-être mieux ainsi.

Je me réveille et je m’endorsavec cette certitude ; il vaut mieux qu’Athéna s’en soit allée avant dedescendre aux enfers de cette Terre. Son esprit n’aurait jamais retrouvé lapaix depuis les événements qui avaient fait d’elle le personnage de « lasorcière de Portobello ». Le restant desa vie aurait été un douloureux affrontement entre ses rêves personnels et laréalité collective. Vu sa nature, elle aurait lutté jusqu’au bout, gaspillé sonénergie et sa joie à essayer de prouver quelque chose que personne, absolumentpersonne, n’est prêt à croire.

Peut-être a-t-elle cherché lamort comme un naufragé cherche une île. Sans doute a-t-elle souvent attendu, dansune station de métro au petit matin, des agresseurs qui ne venaient pas. Marchédans les quartiers les plus dangereux de Londres, en quête d’un assassin qui nese montrait pas. Provoqué la colère des violents, qui ne parvenaient pas àmanifester leur rage.



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