
— Appelle toujours, proposa Peter. Tu sais bien qu’il n’est jamais là.
— Je jouerai, dit Ender.
— Tu seras le doryphore, décida Peter.
— Laisse-le être l’astronaute, pour une fois, intervint Valentine.
— Ne te mêle pas de ça, Pue-de-la-gueule ! dit Peter. Viens en haut et choisis tes armes.
Ender savait que la partie ne serait pas agréable. Il n’était pas question de gagner. Quand les enfants jouaient, en bandes, dans les couloirs, les doryphores ne gagnaient jamais et le jeu tournait parfois à l’aigre. Mais, dans l’appartement, le jeu serait aigre dès le départ, et le doryphore ne pourrait pas devenir une carcasse vide et abandonner, comme les doryphores le faisaient dans les guerres réelles. Le doryphore devrait jouer jusqu’à ce que l’astronaute en ait assez.
Peter ouvrit son tiroir et sortit le masque de doryphore. Maman s’était fâchée contre lui, lorsqu’il l’avait acheté, mais Papa avait fait remarquer que la guerre ne cesserait pas sous prétexte que l’on cachait les masques de doryphore et que l’on empêchait les enfants de jouer avec des reproductions de pistolet-laser. Les jeux guerriers amélioreraient leurs chances de survie, au cas où les doryphores reviendraient.
Si je survis aux jeux, se dit Ender. Il mit le masque. Il se referma sur lui comme une main fortement appuyée sur son visage. Mais ce n’est pas ce que l’on ressent lorsqu’on est un doryphore, se dit Ender. Ils ne portent pas ce visage comme un masque, c’est leur visage. Sur leur planète d’origine, les doryphores mettent-ils des masques d’êtres humains pour jouer ? Et comment nous appellent-ils ? Les gluants, parce que nous sommes mous et huileux, comparativement à eux ?
— Attention, Gluant ! prévint Ender.
Il ne voyait pas bien, par les trous du masque. Peter lui sourit.
— Gluant, hein ? Eh bien, doryphore, voyons comment ta gueule se fend en deux !
Ender ne vit rien venir, percevant seulement un changement de position de la part de Peter ; le masque empêchait toute vision périphérique. Soudain, il y eut la douleur et la pression d’un coup sur la tempe ; il perdit l’équilibre et tomba.
