«Mais bien sûr, ami, on n'a qu'à dire deux mots au pilote, et c'est comme si c'était fait. Il t'amènera où tu veux pendant qu'on fait péter la montagne.» J'ai tiré de mon sac une bouteille de cognac que j'avais apportée de Paris, on l'a versée dans trois gros verres à facettes. Ils ont bu, se sont regardés, l'air dubitatif. La coutume russe interdit de critiquer la chose offerte. «Il est… bon, a conclu le grand Lev. – Oui, pas mal, a confirmé le petit Lev. C'est comme ce vin qu'on donne à l'église. Les femmes doivent aimer. Valia, tu veux un petit verre?»

Valia, la cuisinière, a secoué la tête pour refuser. Les bras blancs de farine jusqu'aux coudes, elle pétrissait la pâte sur une grande table à l'autre bout de la pièce. Une femme démesurée: une lourde et ronde poitrine qui bombait son gros pull, une croupe large qui, sur un tabouret, recouvrait complètement le siège. Les yeux bridés comme ceux des Yakoutes mais la peau très blanche, une puissance charnelle faisant penser aux femmes d'Ukraine. «Quel homme pourrait aborder une telle géante?» ai-je pensé avec un effroi admiratif.

J'écoute à présent l'histoire déjà entamée que raconte le petit Lev.

«… Et donc il débarque de Moscou, en pleine taïga, il ne connaît rien, mais il est un peu comme vous tous, plein de zèle. Et les vieux Sibériens lui disent tout de suite: "Si tu veux être des nôtres, tu dois faire trois choses: premièrement, boire une bouteille de vodka cul sec, deuxièmement, sauter une femme yakoute, et troisièmement, aller dans la taïga serrer la patte à une ourse." Alors, notre bonhomme s'excite, saisit une bouteille et hop, cul sec! Et puis, il court dans la taïga. Une heure après, il revient tout écorché et crie à tue-tête: "Bon, montrez-moi une femme yakoute, je vais lui serrer la patte! " Ha, ha, ha…»



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