
Et aujourd’hui…
Aujourd’hui, les droits de mon roman ontété achetés par Scorsese et on parle de Nicole Kidman pour incarner Florine,mon héroïne. On ne compte plus les traductions étrangères et je viens derecevoir mon premier contrat en chinois.
Aujourd’hui, Philippe vit à Londres avecAlexandre. Iris dort dans une clinique de la région parisienne, soignée pourune dépression.
Aujourd’hui, je cherche un sujet pour mondeuxième roman car l’éditeur m’a convaincue d’en écrire un autre. Je cherche,je cherche et je ne trouve pas.
Aujourd’hui, je suis veuve. Le décèsd’Antoine a été établi par la police locale, déclaré à l’ambassade de France deNairobi et reporté au ministère des Affaires étrangères en France. Je suisJoséphine Plissonnier, veuve Cortès. Je peux, sans pleurer, penser à Antoine, àsa mort affreuse.
Aujourd’hui, j’ai refait ma vie :j’attends Luca pour aller au cinéma. Luca aura acheté Pariscope et onchoisira ensemble un film. C’est toujours Luca qui choisissait, mais il faisaitsemblant de lui laisser l’initiative. Elle mettrait sa tête sur son épaule, samain dans sa poche et elle dirait : « Choisissez, vous. » Ildirait : « D’accord, je choisis, mais vous ne vous plaindrez pasensuite ! »
Elle ne se plaignait jamais. Elles’étonnait toujours qu’il prenne du plaisir à être avec elle. Quand elledormait chez lui, qu’elle le sentait assoupi contre elle, elle s’amusait àfermer les yeux longuement puis à les rouvrir pour découvrir, comme si elle nel’avait jamais vu, le décor austère de son studio, la lumière blanche quifiltrait à travers les lamelles des stores, les piles de livres entassés à mêmele sol. Au-dessus de chaque pile, une main distraite avait posé une assiette,un verre, un couvercle de casserole, un journal qui menaçait de glisser. Unappartement de vieux garçon. Elle savourait son état de maîtresse des lieux.C’est chez lui, et c’est moi qui dors dans son lit. Elle se serrait contre lui,
