faudrait bien lui dire la vérité. Ce n’était jamais le bon moment. Et d’ailleurs,y avait-il un moment idéal pour annoncer à une adolescente de treize ans etdemi que son père était mort dans la gueule d’un crocodile ? Hortensel’avait appris. Elle avait pleuré, agressé Joséphine, puis avait décrété quec’était mieux comme ça, son père souffrait trop de ne pas réussir sa vie.Hortense n’aimait pas les émotions, elle trouvait que c’était une perte detemps, d’énergie, une complaisance suspecte qui ne menait qu’à l’apitoiement.Elle avait un seul but dans la vie : réussir, et personne, personne nepourrait l’en détourner. Elle aimait son père, certes, mais elle ne pouvaitrien pour lui. Chacun est responsable de son destin, il avait perdu la main, ilen avait payé le prix.

Déverser des torrents de larmes sur lui nel’aurait pas ressuscité.

C’était en juin dernier.

Il semblait à Joséphine qu’une éternitéétait passée.

Son bac en poche, mention « Trèsbien », Hortense était partie étudier en Angleterre. Parfois, ellerejoignait Zoé chez Philippe et passait le samedi avec eux mais, la plupart dutemps, elle arrivait en coup de vent, embrassait sa petite sœur et repartaitaussitôt. Elle s’était inscrite au Saint Martins College à Londres ettravaillait d’arrache-pied. « C’est la meilleure école de stylisme dumonde, assurait-elle à sa mère. Je sais, ça coûte cher mais on a les moyens,maintenant, non ? Tu verras, tu ne regretteras pas ton investissement. Jevais devenir une styliste mondialement connue. » Hortense n’en doutaitpas. Joséphine non plus. Elle faisait toujours confiance à sa fille aînée.

Que d’événements en près d’un an ! Enquelques mois, ma vie a été bouleversée. J’étais seule, abandonnée par monmari, maltraitée par ma mère, poursuivie par mon banquier, assaillie par lesdettes, je venais de finir d’écrire un roman pour ma sœur, pour que ma chèresœur, Iris Dupin, signe le livre et puisse briller en société.



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