
Ses doigts effleurèrent la mèche decheveux. Mon pauvre Antoine, tu n’étais pas fait pour ce monde-là, mais pour unmonde feutré, léger, un monde d’opérette où l’on peut bomber le torse en touteimpunité, un monde où tes rodomontades auraient effrayé les crocodiles. Ilsn’ont fait qu’une bouchée de toi. Pas seulement les reptiles immergés dans lesmarécages. Tous les crocodiles de la vie qui ouvrent leurs mâchoires pour nousdévorer. Le monde est rempli de ces sales bêtes.
C’est tout ce qu’il restait d’AntoineCortès : une boîte en carton qu’elle tenait sur ses genoux. En fait, elleavait toujours tenu son mari sur ses genoux. Elle lui avait donné l’illusiond’être le chef, mais avait toujours été responsable.
— Et pour vous, ma petite dame, cesera quoi ?
Le garçon, planté devant elle, attendait.
— Un Coca light, s’il vous plaît.
Le garçon repartit d’un pas élastique. Ilfallait qu’elle fasse de l’exercice. Elle s’empâtait. Elle avait choisi cetappartement pour aller courir dans les allées du bois de Boulogne. Elle seredressa, rentra le ventre et se promit de rester droite pendant de longuesminutes afin de se muscler.
