romains et arabes, une chaussure de sport orange taille 39 – ilsouffrait d’avoir de petits pieds –, une médaille de baptême quireprésentait un angelot de profil, posant son menton sur le dos de samain ; au dos de la médaille était gravé son prénom suivi de sa date denaissance, le 26 mai 1963. Enfin, scotchée sur un morceau de carton jauni,une longue mèche de cheveux châtains accompagnée d’une légende gribouillée à lamain : « Cheveux d’Antoine Cortès, homme d’affaires français. »Ce fut cette mèche de cheveux qui bouleversa Joséphine. Le contraste entre cescheveux fins, soyeux, et l’allure que voulait se donner Antoine. Il n’aimaitpas son prénom, il préférait Tonio. Tonio Cortès. Ça avait de l’allure. Uneallure de matamore, de grand chasseur de fauves, d’homme qui ne craint rienalors qu’il était habité par la peur de ne pas y arriver, de ne pas être à lahauteur.

Ses doigts effleurèrent la mèche decheveux. Mon pauvre Antoine, tu n’étais pas fait pour ce monde-là, mais pour unmonde feutré, léger, un monde d’opérette où l’on peut bomber le torse en touteimpunité, un monde où tes rodomontades auraient effrayé les crocodiles. Ilsn’ont fait qu’une bouchée de toi. Pas seulement les reptiles immergés dans lesmarécages. Tous les crocodiles de la vie qui ouvrent leurs mâchoires pour nousdévorer. Le monde est rempli de ces sales bêtes.

C’est tout ce qu’il restait d’AntoineCortès : une boîte en carton qu’elle tenait sur ses genoux. En fait, elleavait toujours tenu son mari sur ses genoux. Elle lui avait donné l’illusiond’être le chef, mais avait toujours été responsable.

— Et pour vous, ma petite dame, cesera quoi ?

Le garçon, planté devant elle, attendait.

— Un Coca light, s’il vous plaît.

Le garçon repartit d’un pas élastique. Ilfallait qu’elle fasse de l’exercice. Elle s’empâtait. Elle avait choisi cetappartement pour aller courir dans les allées du bois de Boulogne. Elle seredressa, rentra le ventre et se promit de rester droite pendant de longuesminutes afin de se muscler.



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