— Fais-lui un signe, dis-lui quelquesmots… Elle vient chaque jour et tu ne la regardes pas. Ce n’est pas gentil.

— Je n’ai pas à être gentille,Joséphine, je suis malade. Et puis elle me fatigue avec son amour. Laisse-moitranquille !

Quand elle n’était pas désabusée, quandelle reprenait un peu de vie et de couleurs, elle pouvait se montrer trèsméchante. La dernière fois que Joséphine était allée lui rendre visite, le ton,au début neutre, anodin, était monté très vite.

— Je n’ai eu qu’un seul talent, avaitdéclaré Iris en se contemplant dans un petit miroir de poche qui se trouvait enpermanence sur sa table de chevet, j’ai été jolie. Très jolie. Et même ça,c’est en train de m’échapper ! Tu as vu cette ride, là ? Ellen’existait pas hier soir. Et demain, il y en aura une autre et une autre et uneautre…

Elle avait reposé le miroir en le faisantclaquer sur le dessus de la table en Formica et avait lissé ses cheveux noirscoupés en un carré net et court. Une coiffure qui la rajeunissait de dix ans.

— J’ai quarante-sept ans et j’ai toutraté. Ma vie de femme, ma vie de mère, ma vie tout court… Et tu voudrais quej’aie envie de me réveiller ? Pour quoi faire ? Je préfère dormir.

— Mais Alexandre ? avait souffléJoséphine, sans croire elle-même à l’argument qu’elle avançait.

— Ne te fais pas plus bête que tu nel’es, Jo, tu sais très bien que je n’ai jamais été une mère pour lui. J’ai étéune apparition, une connaissance, je ne pourrais même pas dire une copine :je m’ennuyais en sa compagnie et je le soupçonne aussi de s’être ennuyé avecmoi. Il est plus proche de toi, sa tante, que de moi, sa mère, alors…



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