
— Tu sais très bien que ce n’est pasvrai. Je ne voulais rien du tout, Iris, rien du tout. Je ne voulais pas écrirele livre, je ne voulais pas l’argent du livre, je voulais juste pouvoir éleverHortense et Zoé de manière décente.
— Ose me dire que tu n’as pastélécommandé cette petite peste d’Hortense pour aller me dénoncer en direct àla télévision ! « Ce n’est pas ma tante qui a écrit le livre, c’estma mère… » Ose le dire ! Ah ! Ça t’a bien arrangée qu’ellevienne tout déballer ! Tu t’es drapée dans ta dignité et tu as toutrécupéré, tu as même eu ma peau. Si je suis là, aujourd’hui, dans ce lit àcrever à petit feu, c’est de ta faute, Joséphine, de ta faute !
— Iris… Je t’en prie…
— Et ça te suffit pas ? Tu viensme narguer ! Qu’est-ce qu’il te faut encore ? Mon mari ? Monfils ? Mais prends-les, Joséphine, prends-les !
— Tu ne peux pas penser ce que tu dis.C’est impossible. On s’est tellement aimées toutes les deux, en tout cas, moi,je t’ai aimée et je t’aime encore.
— Tu me dégoûtes, Jo. J’ai été ta plusfidèle alliée. J’ai toujours été là, toujours payé pour toi, toujours veillésur toi. La seule fois où je te demande de faire quelque chose pour moi, tu metrahis. Parce que tu t’es bien vengée ! Tu m’as déshonorée ! Pourquoicrois-tu que je reste enfermée dans cette clinique à somnoler, abrutie desomnifères ? Parce que je n’ai pas le choix ! Si je sors, tout lemonde me montrera du doigt. Je préfère crever ici. Et ce jour-là, tu auras mamort sur la conscience et on verra bien comment tu feras pour vivre. Parce queje te lâcherai pas ! Je viendrai te tirer par les pieds la nuit, tes petitspieds chauds enlacés aux grands pieds froids de mon mari que tu guignes ensecret. Tu crois que je le sais pas ? Tu crois que j’entends pas lestrémolos dans sa voix quand il parle de toi ? Je ne suis pas totalementabrutie. J’entends son attirance. Je t’empêcherai de dormir, je t’empêcherai detremper tes lèvres dans les coupes de champagne qu’il te tendra et, quand ilposera ses lèvres sur ton épaule, je te mordrai, Joséphine !
