
Ses bras décharnés dépassaient de sa robede chambre, ses mâchoires crispées roulaient deux petites boules dures sous lapeau, ses yeux brûlaient de la haine la plus féroce que jamais femme jalousejeta sur une rivale. Ce fut cette jalousie, cette haine de fauve qui glaçaJoséphine. Elle murmura, comme si elle se faisait un aveu à elle-même :
— Mais tu me hais, Iris…
— Enfin, tu comprends ! Enfin, onne va plus être obligées de jouer la comédie des sœurs qui s’aiment !
Elle criait en secouant violemment la tête.Puis baissant la voix, ses yeux brûlants plantés dans ceux de sa sœur, elle luifit signe de partir.
— Va-t’en !
— Mais Iris…
— Je ne veux plus te voir. Pas lapeine de revenir ! Bon débarras !
Elle appuya sur la sonnette pour appelerl’infirmière et se laissa tomber sur ses oreillers, les mains plaquées sur lesoreilles, sourde à toute tentative de Joséphine pour relancer le dialogue etfaire la paix.
C’était trois semaines auparavant.
Elle n’en avait parlé à personne. Ni àLuca, ni à Zoé, ni à Hortense, ni même à Shirley qui n’avait jamais aimé Iris.Joséphine n’avait pas besoin qu’on fasse le procès de sa sœur dont elleconnaissait les qualités et les défauts.
Elle m’en veut, elle m’en veut d’avoir prisla première place, celle qui lui revenait de droit. Ce n’est pas moi qui aipoussé Hortense à tout révéler au grand jour, ce n’est pas moi qui ai rompu lecontrat. Mais comment faire accepter la vérité à Iris ? Elle était tropmeurtrie pour l’entendre. Elle accusait Joséphine d’avoir détruit sa vie. Ilest plus facile d’accuser les autres que de se remettre en cause. C’est Irisqui avait eu l’idée de faire écrire un roman à Joséphine qu’elle signerait,elle qui l’avait appâtée en lui donnant tout l’argent du livre – elleavait tout manigancé. Joséphine s’était laissé manœuvrer. Elle était faible
