remisé dans un endroit où on ne le trouve pas, semblait-elle s’excuser encourbant l’échine. Pas de ma faute s’il est allé à Courbevoie avant d’êtreentreposé ici. Et puis d’abord, d’où peut-il bien venir ? Peut-êtreShirley, d’Angleterre ? Elle connaît ma nouvelle adresse pourtant. Celaressemblerait à Shirley d’envoyer ce fameux thé qu’elle achète chezFortnum & Mason, un pudding et des chaussettes fourréespour que je puisse travailler sans avoir froid aux pieds. Shirley dit toujoursqu’il n’y a pas d’amour mais des détails d’amour. L’amour sans les détails,ajoute-t-elle, c’est la mer sans le sel, le bulot sans la mayonnaise, le muguetsans les clochettes. Shirley lui manquait. Elle était partie vivre à Londresavec son fils, Gary.

La préposée revint en tenant un paquet dela taille d’une boîte à chaussures.

— Vous faites collection de timbres ?demanda-t-elle à Joséphine en se hissant sur la chaise haute qu’elle fitcouiner sous son poids.

— Non…

— Moi, oui. Et je peux vous direqu’ils sont magnifiques !

Elle les contemplait en clignant des yeux,puis elle poussa le paquet vers Joséphine qui déchiffra son nom et son ancienneadresse à Courbevoie sur le papier grossier qui servait d’emballage. Laficelle, tout aussi grossière, s’effilochait à chaque bout formant uneguirlande de pompons sales à force d’avoir traîné sur les étagères de la poste.

— C’est parce que vous avez déménagéque je le trouvais plus. Il vient de loin. Du Kenya. Il en a fait duchemin ! Vous aussi…

Elle avait dit cela d’un ton sarcastique etJoséphine rougit. Elle bafouilla une excuse inaudible. Si elle avait déménagé,ce n’était pas qu’elle n’appréciait plus sa banlieue, oh ! la la !non, elle aimait Courbevoie, son ancien quartier, son appartement, le balcon àla balustrade rouillée et, pour tout dire, elle n’aimait pas du tout sanouvelle adresse, elle s’y sentait étrangère, déplacée. Non, si elle avaitdéménagé, c’était parce que sa fille aînée, Hortense, ne supportait plus de



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