vivre en banlieue. Et quand Hortense avait une idée en tête, il ne restait plusqu’à l’exécuter sinon elle vous foudroyait de son mépris. Grâce à l’argent queJoséphine avait gagné avec les droits d’auteur de son roman, Une si humblereine, et à un important emprunt à la banque, elle avait pu acheter un belappartement dans un beau quartier. Avenue Raphaël, près de la Muette. Au boutde la rue de Passy et de ses boutiques de luxe, sur le bord du bois deBoulogne. Moitié ville, moitié campagne, avait souligné, avec emphase, l’hommede l’agence immobilière. Hortense s’était jetée au cou de Joséphine,« merci, ma petite maman, grâce à toi, je vais revivre, je vais devenirune vraie Parisienne ! ».

— S’il n’avait tenu qu’à moi, jeserais restée à Courbevoie, marmonna Joséphine, confuse, sentant le bout de sesoreilles rougir et la brûler.

C’est nouveau ça, avant je ne rougissaispas pour un oui, pour un non. Avant, j’étais à ma place, même si je ne m’ysentais pas toujours bien, c’était ma place.

— Bon… Les timbres ? Vous lesgardez ?

— C’est que j’ai peur d’abîmerl’emballage en les découpant…

— C’est pas grave, allez !

— Je vous les rapporterai si vous voulez…

— Puisque je vous dis que c’est pasgrave ! Je disais ça comme ça, parce que je les trouvais beaux sur lemoment… mais je les ai déjà oubliés !

Son regard se porta sur la personnesuivante dans la file d’attente et elle ignora ostensiblement Joséphine quiremettait sa carte d’identité dans son sac, avant de laisser la place et dequitter la poste.

Joséphine Cortès était timide, à ladifférence de sa mère ou de sa sœur qui se faisaient obéir ou aimer d’unregard, d’un sourire. Elle avait une manière de s’effacer, de s’excuser d’êtrelà qui allait jusqu’à la faire bégayer ou rougir. Elle avait cru, un moment,que le succès allait l’aider à prendre confiance en elle. Son roman Une sihumble reine caracolait toujours en tête des meilleures ventes plus d’un anaprès sa sortie. L’argent ne lui avait donné aucune assurance. Elle finissaitmême par le prendre en horreur. Il avait changé sa vie, ses relations avec lesautres. La seule chose qu’il n’a pas changée, ce sont les rapports avecmoi-même, soupira-t-elle en cherchant des yeux un café pour se poser et ouvrirce mystérieux paquet.



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