
Sur la table de l’entrée, Zoé avait laisséun mot : « Maman chérie, je suis à la cave avec Paul, un voisin. Jecrois bien que je me suis fait un copain. »
Joséphine alla dans sa chambre et refermala porte. À bout de souffle. Elle enleva son manteau, le jeta sur le lit, ôtason pull, sa jupe, découvrit une traînée de sang sur la manche du manteau, deuxlongues déchirures verticales sur le pan gauche, le roula en boule, alla chercherun grand sac-poubelle, y enfouit tous ses vêtements et jeta le sac au fond desa penderie. Elle s’en débarrasserait plus tard. Elle inspecta ses bras, sesjambes, ses cuisses. Il n’y avait aucune trace de blessure. Elle alla prendreune douche. En passant devant la grande glace fixée au-dessus du lavabo, elleporta la main à son front et s’aperçut dans le miroir. Livide. En sueur. Lesyeux hagards. Elle toucha ses cheveux, chercha son chapeau. Elle l’avait perdu.Il avait dû rouler à terre. Elle fut submergée par les larmes. Devait-ellealler le rechercher afin de faire disparaître tout indice qui permettrait del’identifier ? Elle ne s’en sentit pas le courage.
Il l’avait frappée. En pleine poitrine.Avec un couteau. Une lame fine. J’aurais pu mourir. Elle avait lu dans unjournal qu’il y avait une quarantaine de serial killers en liberté en Europe.Elle s’était demandé combien il y en avait en France. Pourtant, les motsorduriers qu’il avait prononcés semblaient démontrer qu’il avait un compte à régler.« Tu la ramèneras plus, tu prendras plus tes grands airs de pétasse, tuvas la fermer, connasse, tu vas la fermer ! » Ils résonnaient,lancinants. Il a dû me prendre pour une autre. J’ai payé pour quelqu’und’autre. Il fallait absolument qu’elle se dise ça, sinon la vie deviendraitimpossible. Il lui faudrait se méfier de tout le monde. Elle aurait peur toutle temps.
