deux gamins et sentait le calme revenir en elle. Paul, si sûr de lui, ayant unavis sur tout, et Zoé, au bord du désespoir parce qu’elle n’arrivait pas àattirer son attention. Son visage était tendu, ses sourcils froncés, ses lèvresscellées en une moue désespérée. Joséphine l’entendait chercher dans sa têtecomme on racle un fond de moule à gâteau des détails alléchants pour se fairemousser aux yeux du garçon. Elle avait beaucoup grandi pendant l’été, mais soncorps s’attardait encore dans les replis doux et moelleux de l’enfance.

— Tu veux pas nous montrer un toutpetit peu comment tu joues ? quémanda Zoé à bout d’arguments pour leséduire.

— Ce n’est peut-être pas le bonmoment, intervint Joséphine. Elle montra des yeux la cave du voisin. Une autrefois, peut-être…

— Ah ! lâcha Zoé, désappointée.

Elle avait renoncé et traçait des grandscercles avec la pointe de sa chaussure.

— Maintenant c’est l’heure d’allerdîner, continua Joséphine, et je suis sûre que Paul aussi va bientôt remonter…

— J’ai déjà dîné. Il retroussa sesmanches, s’empara des baguettes, ébouriffa ses cheveux et commença à ranger.Vous pouvez refermer la porte derrière vous, s’il vous plaît ?

— Salut Paul ! cria Zoé. Àplus !

Elle lui fit un petit signe de la main à lafois timide et hardi, qui signifiait je voudrais bien qu’on se revoie… si tu esd’accord, bien sûr.

Il ne prit pas la peine de répondre. Iln’avait que quinze ans et refusait de se laisser éblouir par une fille àl’éclat indécis. Il était à cet âge délicat où on habite un corps qu’on neconnaît pas très bien, et où, pour se donner une contenance, on peut se montrercruel sans le vouloir. La manière négligente dont il traitait Zoé démontraitqu’il entendait être le plus fort et que, s’il devait y avoir une victime, ceserait elle.

L’homme élégant au costume gris attendaitdevant l’ascenseur. Il s’effaça pour les laisser entrer les premières. Leurdemanda à quel étage elles allaient et appuya sur le bouton du chiffre 5.Puis enfonça le bouton 4.



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