San-Antonio

Laissez tomber la fille

Un bon début

S’il existait un bovidé capable de me dire ce que je suis venu maquiller à Paris cet après-midi, je vous jure que je lui offrirais volontiers le premier étage des Galeries Lafayette.

Parce que rappelez-vous que pour venir balader son renifleur dans les rues de Pantruche en ce moment, il faut avoir une belle épaisseur d’idiotie sur la tomate. Laissez-moi vous le dire tout de suite, en long, en large et en technicolor : nous sommes en pleine occupation et la capitale est le dernier endroit de cette saloperie de planète où je puisse porter mes grands pieds. Surtout n’allez pas croire que j’ai une activité quelconque dans un sens ou dans un autre… San-Antonio est un mec réglo. Mon job a toujours été de bosser pour le gouvernement français. Je n’ai jamais travaillé à mon compte, ni pour le compte d’une boîte autre que celle dont la devise est : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Quand je me suis aperçu que la pauvre Marianne l’avait dans le baigneur, j’ai demandé à mes chefs de me mettre en disponibilité et je me suis retiré dans ma crèche de Neuilly. Si bien que je passe mon temps à lire des bouquins policiers et à pêcher le goujon ; tandis que ma brave Félicie (laquelle est ma vioque, comme vous le savez) s’ingénie à faire la bouffe. Seulement, les romans policiers sont tous plus tartouzes les uns que les autres et les goujons ont dû avoir la trouille des chleux car on n’en voit pas la queue d’un depuis quelques mois.

En somme, la vie n’est pas plus marrante pour les rentiers, en ce moment, que pour les rempailleurs de chaises. C’est p’t-être à cause de la mélancolie qui m’envahit que je suis venu en ville. Ce matin, en m’apercevant dans la glace de ma salle de bains, j’ai fait un petit salut au type qui me regardait et qui ressemblait au cousin du négus. Il m’a fallu au moins dix minutes pour comprendre que le cousin du négus c’était moi.



1 из 157