
Alors j’ai rasé le cousin du négus et j’ai décidé de l’emmener promener.
Les rues sont tristes comme un roman de Pierre Loti. Tous ces écriteaux rédigés en gothique me flanquent le noir. Paris, en ce mois d’octobre 42 est plus vert qu’un sapin. Mais ici, les sapins portent des bottes qu’ils font sonner sur les pavés… Je rêve d’un bled où les gnaces marchent pieds nus. C’est ça qui doit être reposant ! La nostalgie creuse un trou dans mon estomac. Or, les trous, excepté ceux du gruyère, sont faits pour être comblés. Je me dis que le mien se cicatriserait très bien avec du cognac. Justement, je connais un coin pépère où l’on vous sert des trucs qui font rêver, dans des grands verres. Seulement, ce coin-là se trouve vers la République. Je vais prendre le métro. À ces heures, il n’y a presque personne dans les couloirs. J’arpente ceux de la station Arts et Métiers aux côtés d’un type qui n’a pas l’air plus pressé que moi. Au moment où nous parvenons sur le quai, une rame arrive. Nous grimpons, le type et moi, dans le même wagon. Nous sommes seuls, à croire que nous sommes les deux uniques usagers du métropolitain aujourd’hui.
La rame s’ébranle. Elle parcourt environ deux cents mètres et s’arrête pile.
— Allons, bon ! ronchonne mon compagnon de route, voilà une alerte.
Je me mets à fulminer. C’est bien ma veine, je prends le métro afin d’aller me jeter un remède dans mon usine à distiller les plats garnis, et en fait de cognac, je vais rester une heure ou deux dans ce terrier, en tête à tête avec un mec que je ne connais pas.
