— Que voulais-tu dire par : j’ai compris ses yeux ? demande-t-elle. Tu as répété cette phrase pendant plusieurs jours…

Je sursaute.

— Plusieurs jours ! Il y a combien de millénaires que je suis dans ce pading ?

— Trois semaines.

Je n’en crois pas mes oreilles.

— C’est pourtant la vérité, murmure Félicie ; ah, mon pauvre petit, j’ai eu bien peur…

Je réfléchis à la question qu’elle m’a posée.

— « J’ai compris ses yeux », M’man, ça voulait dire qu’avant que le type me tire dessus, j’ai aperçu dans son regard ce petit quelque chose qui brille dans les yeux de tous ceux qui s’apprêtent à bigorner un copain. C’est indéfinissable ; mais ça ne trompe pas, je ne peux pas t’expliquer…

Comme j’achève de parler, j’entends un petit chuchotement, au fond de la chambre. Je fais un mouvement et j’aperçois mon collègue Berliet qui discute le bout de gras avec un zig en blouse blanche.

Mon copain s’approche de moi.

— Alors, tu te laisses faire des cartons, maintenant ?

Il a sa tête des grands jours. Son crâne somptueux brille doucement à la lumière. Son grand pif est frémissant et dans ses yeux bleus, calmes et scrutateurs brille une petite lueur de curiosité. Sans doute Berliet ne comprend-il pas comment San-Antonio, l’as des as, s’est laissé posséder.

— Écoute, mon grand, murmuré-je. Je dois avoir une bath fermeture Éclair sur la brioche, alors, tu m’excuseras, mais ça me fait mal pour rigoler…

Sa tête de châtelain s’anime.

— Enfin, que t’est-il arrivé ? J’avoue que je ne pige plus. On t’a trouvé après une alerte dans un wagon du métro, baignant dans ton sang, suivant la formule des journaux ; tu me pardonneras ma curiosité, mais je voudrais bien savoir comment tu t’es laissé avoir.



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