Si le hasard s’en mêle !

Trois jours avant Noël, je suis assis sur une banquette du Merry Bar, rue du Colisée. J’ai les guiboles en pâte d’amande et mes joues ont autant de couleur que la page de garde de ce bouquin ; mais néanmoins je me sens d’attaque. Ma convalescence s’achève. Il y a huit jours que je suis sorti de l’hosto et je commence à trotter comme un lapinoscof. Pendant que j’étais parallèle au plafond, je n’ai pas battu le dingue. J’ai au contraire envisagé les choses bien calmement. Ce qu’on peut devenir philosophe quand on est dans un plume pour longtemps ! L’existence vous apparaît grandeur nature. On comprend alors que la fatalité régit nos actes. Nous ne sommes qu’une bande de pégreleux qui se font enchetiber par la vie. Ainsi, regardez cet endoffé de San-Antonio : il s’est tenu bien peinard depuis le début de l’Occupation. Il a rendu ses pions parce qu’il ne voulait plus jouer, mais le destin qui est un sacré enfant de garce, est venu le chercher au milieu de son petit train-train de rentier. On n’échappe pas à son destin, les gars. Allez chercher un marteau et enfoncez-vous bien ça dans la tronche…

Mon rôle, c’est de distribuer des cartes d’abonnement pour la Santé ou… pour le paradis. J’ai voulu abandonner la partie, conclusion : j’ai failli faire mon pacson pour le coin du ciel qui m’est destiné et d’où la plus belle des gosselines ne peut pas m’être plus utile qu’une pompe hydraulique. Il ressort donc de tout ça que, ce que j’ai de mieux à faire c’est de planquer mes pantoufles et de rentrer dans la bagarre. Pour commencer, j’ai un vieux compte à régler avec le type aux cheveux en brosse. Ce gars-là, aussi malin qu’il puisse être, je prends d’ores et déjà une hypothèque sur sa peau. Je me promets bien, lorsque je le rencontrerai, de lui mettre suffisamment de morceaux de plomb dans le bide pour qu’il ne puisse jamais plus faire la planche ; quand bien même il serait en Celluloïd. À partir de maintenant, je me consacre entièrement à sa recherche.



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