
Berliet hausse les épaules.
— Ma foi, dit-il, je te donne un avis impartial. De toute façon tu sais, le type aux cheveux en brosse va s’inquiéter de ta santé. Tu peux faire gaffe à tes os à partir de maintenant…
Il me tend la main et cligne de l’œil.
— Remets-toi vite !
— O.K., frisé.
Félicie m’embrasse et tous deux quittent la pièce.
Je demeure seul avec ma douce infirmière.
— Ne vous agitez pas ! chuchote-t-elle.
Alors là, je me fends la cerise. Très succinctement, je lui explique que quand je vois une pépée de son acabit, je me sens des picotements dans la moelle épinière. Comme elle semble surprise qu’un ci-devant moribond lui tienne un pareil langage, je me crois obligé de compléter son éducation en lui révélant que les garçons de mon genre peuvent avoir le ventre plein jusqu’au bord de morceaux de plomb et rester sensibles à la carrosserie d’une belle gosse pour peu qu’il leur reste pour trois ronds de lucidité sous le capot.
Elle devient plus rouge qu’une langouste qui apprendrait à nager dans de l’eau bouillante. Elle est sensible aux compliments. J’aime les petites filles qui sont sensibles aux gentillesses que je leur débite. Les gonzesses qui prennent leur fignedé pour le Panthéon, moi je peux pas les morfiller !
— Je suis là pour combien de siècles ? je demande.
— Le médecin estime que vous devez en avoir au moins pour un mois.
Je réprime une grimace.
— Alors, dis-je, nous aurons le temps de discuter le bout de gras. Vous ne croyez pas qu’il serait utile que je sache votre blaze ?
— Mon quoi ?
— Votre nom !
Elle paraît franchement amusée.
— Je m’appelle Gisèle.
Je répète « Gisèle », à plusieurs reprises.
Un doux bien-être m’envahit. Cette gosse, sans blague, je me lèverais la nuit pour en manger…
