A huit heures, alors que la nuitétait tout à fait tombée, un remorqueur amena en dessous des portes les quatrebateaux qu’il traînait.

Cela augmenta le contingent du Caféde la Marine. Il y eut six tables occupées. On s’interpellait de l’une àl’autre. Ceux qui entraient laissaient derrière eux des rigoles d’eau,secouaient leurs bottes gluantes.

Dans la pièce voisine, éclairée parune lampe à pétrole, les femmes venaient aux provisions.

L’air était lourd. On discuta d’unaccident qui s’était produit à l’écluse 8 et du retard que pourraient subir lesbateaux montants.

A neuf heures, la marinière de LaProvidence vint chercher son mari et le charretier, qui s’en allèrent aprèsun salut à la ronde.

A dix heures, les lampes étaientéteintes à bord de la plupart des bateaux. L’éclusier accompagna ses parentsjusqu’à la grand-route d’Epernay, qui franchit le canal à deux kilomètres del’écluse.

Il ne vit rien d’anormal. Enpassant, au retour, devant la Marine, il y jeta un coup d’œil, fut hélé par unpilote.

— Viens boire la goutte !T’es tout mouillé…

Il prit un rhum, debout. Deuxcharretiers se levaient, lourds de vin rouge, les yeux luisants, et sedirigeaient vers l’écurie attenante au café, où ils couchaient sur la paille,près de leurs chevaux.

Ils n’étaient pas tout à fait ivres.Mais ils avaient assez bu pour dormir d’un sommeil pesant.

Il y avait cinq chevaux à l’écurie,qui n’était éclairée que par une lanterne-tempête mise en veilleuse.

A quatre heures, un des charretiersréveilla son compagnon et tous deux commencèrent à soigner leurs bêtes. Ilsentendirent les chevaux de La Providence qu’on sortait de la péniche etqu’on attelait.

A la même heure, le patron du cafése levait et allumait la lampe dans sa chambre, au premier étage. Il entendit,lui aussi, La Providence qui se mettait en marche.



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