
A quatre heures et demie, le moteurDiesel du bateau citerne se mettait à tousser, mais il ne partit qu’un quartd’heure plus tard, après que le patron eut avalé un grog au café dont onouvrait les portes.
Il était à peine sorti et son bateaun’était pas encore au pont que les deux charretiers faisaient leur découverte.
L’un des deux tirait ses chevauxvers le chemin de halage. L’autre fouillait la paille pour y retrouver sonfouet quand sa main rencontra un corps froid.
Impressionné d’avoir cru reconnaîtreun visage humain, il se munit de sa lanterne, éclaira le cadavre qui allaitbouleverser Dizy et troubler la vie du canal.
Le commissaire Maigret, de laPremière Brigade Mobile, était en train de récapituler ces faits en les plaçantdans leur cadre.
C’était le lundi soir. Le matinmême, le Parquet d’Epernay avait fait, sur les lieux, la descente légale et,après la visite de l’Identité Judiciaire et des médecins légistes, le corpsavait été transporté à la morgue.
Il pleuvait toujours, une pluie fine,serrée et froide qui n’avait pas cessé de tomber de la nuit et de toute lajournée.
Des silhouettes allaient et venaientsur les portes de l’écluse où un bateau s’élevait insensiblement.
Depuis une heure qu’il était là, lecommissaire n’avait songé qu’à se familiariser avec un monde qu’il découvraitsoudain et sur lequel il n’avait en arrivant que des notions fausses ou confuses.
L’éclusier lui avait dit :
— Il n’y avait presque riendans le bief : deux moteurs avalants, un moteur montant, qui a éclusél’après-midi, une vidange et deux panamas. Puis le chaudron est arrivé avec sesquatre bateaux…
Et Maigret apprenait qu’un chaudronest un remorqueur, qu’un panama est un bateau qui n’a ni moteur ni chevaux àbord et qui loue un charretier avec ses bêtes pour un parcours déterminé, cequi constitue de la navigation au long jour.
