Comment la femme était-elle venuelà ? Pourquoi ? C’était la question que la police d’Epernay, leParquet, les médecins, les techniciens de l’Identité Judiciaire s’étaient poséeavec ahurissement et que Maigret tournait et retournait dans sa lourde tête.

Elle avait été étranglée, c’étaitune première certitude. La mort remontait au dimanche soir, vraisemblablementvers dix heures et demie.

Et le cadavre avait été découvert,dans l’écurie, un peu après quatre heures du matin.

Aucune route ne passe près del’écluse. Rien n’y peut attirer quelqu’un qui ne s’occupe pas de navigation. Lechemin de halage est trop étroit pour permettre le passage à une auto. Et,cette nuit-là, il eût fallu patauger jusqu’à mi-jambe dans les flaques d’eau etdans la boue.

Or, la femme appartenait de touteévidence à un monde qui se déplace plus souvent en voiture de luxe et ensleeping qu’à pied.

Elle ne portait qu’une robe de soiecrème et des chaussures en daim blanc qui étaient plutôt des chaussures deplage que des souliers de ville.

La robe était fripée, mais on n’yrelevait pas une tache de boue. Seul le bout du soulier gauche était encoremouillé au moment de la découverte.

— Trente-huit à quaranteans ! avait dit le médecin après l’avoir examinée.

Ses boucles d’oreilles étaient deuxperles véritables, valant environ quinze mille francs. Son bracelet, en or etplatine, travaillé dans le goût ultramoderne, était plus esthétique que coûteuxmais portait la signature d’un joaillier de la place Vendôme.

Les cheveux étaient bruns, ondulés,coupés très court sur la nuque et aux tempes.

Quant au visage, défiguré par la strangulation,il avait dû être d’une joliesse assez remarquable.

Une femme, sans doute, du genrepétillant.

Ses ongles, manucurés, vernis,étaient sales.

On n’avait pas retrouvé de sac àmain près d’elle. Les polices d’Epernay, de Reims et de Paris, munies d’unephotographie du cadavre, essayaient en vain, depuis le matin, d’établir son identité.



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