
En arrivant à Dizy, il n’avait vuqu’un canal étroit, à trois kilomètres d’Epernay, et un village peu importantprès d’un pont de pierre.
Il lui avait fallu patauger dans laboue, le long du chemin de halage, jusqu’à l’écluse, qui était elle-mêmedistante de deux kilomètres de Dizy.
Et là il avait trouvé la maison del’éclusier, en pierres grises, avec son écriteau : Bureau deDéclaration.
Et il avait pénétré au Café de laMarine, qui était la seule autre construction de l’endroit.
A gauche, une salle de café pauvre,avec de la toile cirée brune sur les tables, des murs peints moitié en brun,moitié en jaune sale.
Mais il y régnait une odeurcaractéristique qui suffisait à marquer la différence avec un café de campagne.Cela sentait l’écurie, le harnais, le goudron et l’épicerie, le pétrole et le gasoil.
La porte de droite était munie d’unepetite sonnette et des réclames transparentes étaient collées aux vitres.
Là, c’était bourré demarchandises : des cirés, des sabots, des vêtements de toile, des sacs depommes de terre, des barils d’huile alimentaire et des caisses de sucre, depois, de haricots, pêle-mêle avec des légumes et de la faïence.
On ne voyait pas un client. Al’écurie, il n’y avait plus que le cheval que le propriétaire attelait pouraller au marché, une grande bête grise aussi familière qu’un chien, qui n’étaitpas attachée et qui se promenait de temps en temps dans la cour, parmi lespoules.
Tout ruisselait de l’eau du ciel.C’était la note dominante. Et les gens qui passaient étaient noirs et luisants,penchés en avant.
A cent mètres, un petit trainDecauville allait et venait dans un chantier, et son conducteur, à l’arrière dela locomotive en miniature, avait fixé un parapluie sous lequel il se tenait,frileux, les épaules rentrées.
Une péniche se détachait du bord,s’en allait à la gaffe jusqu’à l’écluse d’où une autre sortait.
