
La fugitive ne répondit point et continua de courir.
– En joue! dit le chef, c’est un homme déguisé, un aristocrate qui se sauve!
Et le bruit de deux ou trois fusils retombant irrégulièrement sur des mains un peu trop vacillantes pour être bien sûres, annonça à la pauvre femme le mouvement fatal qui s’exécutait.
– Non, non! s’écria-t-elle en s’arrêtant court et en revenant sur ses pas; non, citoyen, tu te trompes; je ne suis pas un homme.
– Alors, avance à l’ordre, dit le chef, et réponds catégoriquement. Où vas-tu comme cela, charmante belle de nuit?
– Mais, citoyen, je ne vais nulle part… Je rentre.
– Ah! tu rentres?
– Oui.
– C’est rentrer un peu tard pour une honnête femme, citoyenne.
– Je viens de chez une parente qui est malade.
– Pauvre petite chatte, dit le chef en faisant de la main un geste devant lequel recula vivement la femme effrayée; et où est notre carte?
– Ma carte? Comment cela, citoyen? Que veux-tu dire et que me demandes-tu là?
– N’as-tu pas lu le décret de la Commune?
– Non.
– Tu l’as entendu crier, alors?
– Mais non. Que dit donc ce décret, mon Dieu?
– D’abord, on ne dit plus mon Dieu, on dit l’Être suprême.
– Pardon; je me suis trompée. C’est une ancienne habitude.
– Mauvaise habitude, habitude d’aristocrate.
– Je tâcherai de me corriger, citoyen. Mais tu disais…?
– Je disais que le décret de la Commune défend, passé dix heures du soir, de sortir sans carte de civisme. As-tu ta carte de civisme?
– Hélas! non.
– Tu l’as oubliée chez ta parente?
