– J’ignorais qu’il fallût sortir avec cette carte.


– Alors, entrons au premier poste; là, tu t’expliqueras gentiment, avec le capitaine, et, s’il est content de toi, il te fera reconduire à ton domicile par deux hommes, sinon il te gardera jusqu’à plus ample information. Par file à gauche, pas accéléré, en avant, marche!


Au cri de terreur que poussa la prisonnière, le chef des enrôlés volontaires comprit que la pauvre femme redoutait fort cette mesure.


– Oh! oh! dit-il, je suis sûr que nous tenons quelque gibier distingué. Allons, allons, en route, ma petite ci-devant.


Et le chef saisit le bras de la prévenue, le mit sous le sien et l’entraîna, malgré ses cris et ses larmes, vers le poste du Palais-Égalité.


On était déjà à la hauteur de la barrière des Sergents, quand, tout à coup, un jeune homme de haute taille, enveloppé d’un manteau, tourna le coin de la rue Croix-des-Petits-Champs, juste au moment où la prisonnière essayait par ses supplications d’obtenir qu’on lui rendît la liberté. Mais, sans l’écouter, le chef des volontaires l’entraîna brutalement. La jeune femme poussa un cri, moitié d’effroi, moitié de douleur.


Le jeune homme vit cette lutte, entendit ce cri, et bondissant d’un côté à l’autre de la rue, il se trouva en face de la petite troupe.


– Qu’y a-t-il, et que fait-on à cette femme? demanda-t-il à celui qui paraissait être le chef.


– Au lieu de me questionner, mêle-toi de ce qui te regarde.


– Quelle est cette femme, citoyens, et que lui voulez-vous? répéta le jeune homme d’un ton plus impératif encore que la première fois.


– Mais qui es-tu, toi-même, pour nous interroger?


Le jeune homme écarta son manteau, et l’on vit briller une épaulette sur un costume militaire.


– Je suis officier, dit-il, comme vous pouvez le voir.


– Officier… dans quoi?



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