Capitaine, s’il est vrai que de votre vivant vous jurâtes comme un païen, fumâtes comme un Suisse et bûtes comme un sonneur, que néanmoins votre mémoire soit honorée, non seulement parce que vous fûtes un brave, mais aussi parce que vous avez révélé à votre neveu en pantalons courts le sentiment de l’héroïsme! L’orgueil et la paresse vous avaient rendu à peu près insupportable, ô mon oncle Victor! mais un grand cœur battait sous les brandebourgs de votre redingote. Vous portiez, il m’en souvient, une rose à la boutonnière. Cette fleur que vous tendiez si volontiers aux demoiselles de boutiques, cette fleur au grand cœur ouvert qui s’effeuillait à tous les vents, était le symbole de votre glorieuse jeunesse. Vous ne méprisiez ni le vin ni le tabac, mais vous méprisiez la vie. On ne pouvait apprendre de vous, capitaine, ni le bon sens ni la délicatesse, mais vous me donnâtes, à l’âge où ma bonne me mouchait encore, une leçon d’honneur et d’abnégation que je n’oublierai jamais.


Vous reposez depuis longtemps déjà dans le cimetière du Mont-Parnasse, sous une humble dalle qui porte cette épitaphe:


CI-GÎT


ARISTIDE-VICTOR MALDENT


CAPITAINE D’INFANTERIE


CHEVALIER DE LA LÉGION D ’HONNEUR


Mais ce n’est pas là, capitaine, l’inscription que vous réserviez à vos vieux os tant roulés sur les champs de bataille et dans les lieux de plaisir. On trouva dans vos papiers cette amère et fière épitaphe que, malgré votre dernière volonté, on n’osa mettre sur votre tombe:


CI-GÎT


UN BRIGAND DE LA LOIRE


– Thérèse, nous porterons demain une couronne d’immortelles sur la tombe du brigand de la Loire.


Mais Thérèse n’est pas ici.



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